La pâte qui fait le maire

Dans toutes les études sur l’images des fonctions politiques, le maire reste – de loin – en tête (cf. le baromètre Cevipof de la confiance politique), apprécié par plus de la moitié des citoyens (57 %). C’est le seul qui échappe au désamour, le seul dont l’image demeure majoritairement positive. Ce n’est pas seulement une question de notoriété, de proximité ou d’ancienneté du statut, car le conseiller général qui répond également à ces critères a une image négative, conforme à celle des autres fonctions d’élus dont moins de la moitié des citoyens ont une image positive.

Est-ce parce que la fonction forge des images fortes ?
Est-ce parce que le job attirerait les meilleurs ?
Je n’en sais rien. Mais c’est un constat que je fais au fil de mes missions auprès des collectivités.
Un entretien récent avec le maire de Rennes Daniel Delaveau, le travail avec la dircom de André Rossinot à Nancy ou mes années auprès de Alain Juppé à Bordeaux,  m’ont convaincu qu’au-delà des divergences politiques et des différences de stature au plan national, ils possèdent des traits communs.

De quelle pâte sont donc faits les maires ? Ceux qui sont bons, possèdent un certain de nombres de qualités assez évidentes à ce type de fonction :  à la fois stratèges et tacticiens, ils savent réunir les énergies au service de projet(s), gérer la complexité et jouer à plusieurs échelles (proximité et intérêt général ; immédiateté et avenir…), etc. Mais ces qualités sont en réalité celles de tout chef (d’entreprise, de projet, de troupe…) digne de ce nom. Les maires ont sans doute quelques autres caractéristiques tout à fait spécifiques.

D’abord, ils aiment ça ; et ils l’aiment suffisamment pour en supporter les servitudes qui sont grandes. Etre un élu aussi identifié qu’un maire, c’est être en première ligne ; critiqué par son opposition et par la presse (quel dentiste ou artisan accepterait de gaieté de cœur de voir chaque jour mis en cause la manière dont il traité une carie ou posé des carreaux ?) ; interpelé sans ménagement par ses  concitoyens (j’ai entendu des personnes s’adresser à Alain Juppé, qui n’incite pourtant pas à la familiarité, sur un ton qu’ils n’emploieraient pas avec  leur employé ) ; taillable et corvéable à merci (double semaine : au bureau dans la journée ; avec les citoyens pendant leurs heures libres c’est à dire en soirée et durant le week-end).

Ensuite, ils font ce métier – car c’en est bien un dans le cas des maires de  grandes villes – en pensant aux gens, pas (seulement) par souci de l’élection future, mais parce qu’ils sont faits ainsi ; ils ne raisonnent pas ex nihilo, dans l’abstraction comme les intellectuels ou sur la base de modèles parfaits comme les ingénieurs, mais à partir de cas vécus et de personnes réelles. Cette forme de pensée n’est pas si répandue. C’est peut-être la première de leur qualité : continuer à agir en élu, c’est à dire en représentant de ses concitoyens, au fil des ans et malgré les pressions techniques et administratives multiples ; faire travailler leur administration selon leurs orientations et non selon les inclinations des ingénieurs et techniciens des grands corps ou de la territoriale ;  éviter de se laisser engluer dans la technicité ;  ne pas se transformer en simple porte-parole de leur administration. C’est un combat quotidien.

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