Les limites de la mutualisation des services de communication

Engagé il y a plus de dix ans dans plusieurs grandes agglomérations, la fusion des directions de communication entre ville-

L’aigle à deux têtes représente le pouvoir multidimensionnel d’une entité politique unique (ici celui de l’Empire romain germanique, auteur : Par Originally uploaded by de:Benutzer:Hansele — Wappenbuch von Johann Siebmacher, Domaine public, cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Aigle_à_deux_têtes)

centre et son agglo est-elle la tendance du moment ? Pas sûr. Et cela alors même que la mutualisation dans les autres services est plus que jamais la doxa du moment. Selon le dernier baromètre de la communication intercommunale réalisé par Epiceum (dont je suis consultant associé) 3 % des quelque 1 900 communautés de communes et 7 % des 240 communautés d’agglomération, urbaines ou métropoles ont des services en tout ou partie mutualisés. « Pour l’avenir, guère plus de 10 % des intercommunalités disent « envisager » cette mutualisation » soulignait La Gazette des communes et en réalité cette mutualisation concernera sans doute plus des outils que les services eux-mêmes.

Les raisons se combinent pour expliquer cette prudence.

Gardons on tête que la lisibilité ou légitimité démocratique de l’agglomération reste faible et donc que son audience l’est tout autant même si ses moyens sont importants.

Les aléas politiques peuvent séparer la ville-centre de son agglomération ; cela s’est vu à Bordeaux, cela se voit à Lille. Fusionner aujourd’hui pourrait être un pari risqué sur l’avenir.

D’autres considérations politiques ou bien le souhait de certains élu-e-s (souvent des élues) d’assumer à 100 % leur rôle de maire, les conduit à ne pas cumuler le rôle de maire et celui de président-e, comme à Rennes. Le dircom « fusionné » doit alors coiffer telle ou telle de ses deux casquettes selon le commanditaire qui lui parle.

Les missions (les compétences dit-on dans le jargon, considérant par définition qu’elles sont bien assurées) et les enjeux de la ville-centre ou des autres communes et ceux de leur agglomération ne sont pas les mêmes. Bien sûr les deux entités conduisent des politiques publiques intimement liées, avers et revers d’une même pièce : d’un côté la politique foncière, de l’autre la prévision du nombre de classes et de places en crèches, d’un côté la programmation urbanistique, de l’autre l’action sociale, d’un côté la planification économique, de l’autre les heures d’ouverture des commerces et l’animation commerciale, d’un côté l’attractivité à l‘échelle du territoire, de l’autre les rendez-vous culturels…

Qu’on le veuille ou non, la proximité reste l’apanage des mairies. Qui pourrait témoigner d’une situation inverse se taillerait un beau succès. La communication unifiée ou univoque de deux entités différentes, la ville et l’intercommunalté, serait l’inverse du fameux symbole de l’aigle à deux têtes, traduction graphique du pouvoir multidimensionnel d’une seule entité.

Tant qu’elle existe en tant que telle, la ville-centre – et son maire – tout comme les autres communes de l’agglomération – et leur maire – ont besoin, chacune, d’une voix et d’une narration au service de la construction de leur image. Donc d’une communication propre. Ce qui ne doit pas empêcher de bien travailler ensemble, au contraire.

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